Les Enseignements

Les métaphores et les mythes bibliques

et leur induction de la loi, de la morale et des us et coutumes

dans la culture et la civilisation indo européennnes

Those who dream by night in the dusty recesses of their minds wake in the day to find that it was vanity : but the dreamers of the day are dangerous men, for they may act their drearn with open eyes, to make it possible. This 1did.  (T. E. Lawrence, Seven Pillars ofWisdom )

Ceux qui rêvent la nuit dans les tréfonds poussiéreux de leur âme découvrent lorsqu’ils se réveillent que leur rêve était vanité: mais les rêveurs de jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent vivre leur rêve les yeux ouverts, afm de le rendre réel. J’ai fait cela.

Mundus vult decipi, ergo decipiatur.

Le monde aime être trompé, qu’il le soit donc.

Pétrone

*    *

*

Intro :

Le reste du temps, il nous restera le rêve, le vrai, ce sentiment d’éternité lorsque avec Rimbaud – que je traitais au Colloque ! -,  avec Arthur donc, et trente ou quarante chopes l’on « pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin, avec l’assentiment des grands héliotropes ».

Ce sentiment ne nécessite aucune analyse, aucune recherche de faits ni de preuves, mais se déguste loin des servitudes :: il est plein, massif et enivrant.

En cela, il est politique et rejoint le mythe.

La mythe – à l’instar du rêve, nocturne ou diurne pur l’individu-, joue sur nos ressorts psychologiques et les tend ou détend de façon à activer leur capacité à toucher le groupe dans ce qu’il a de plus sensible : la peur, la faim, la soif, la naissance, la mort…

Jusqu’à initialiser, installaer et motiver ensuite nos réflexes conditionnés pour la simple et bonne raison que

ü       le mythe exprime toujours les tendances profondes d’une société ;

ü       il est la condition d’adhésion des masses humaines à une certaine civilisation et à son processus de développement ou de crise ;

ü       iI est une représentation vigoureuse, fortement colorée, irrationnelle et chargée de toute la capacité de croyance de l’individu. (Ellul, 1990, p. 52)[1]

Dans cette visée téléologique, le mythe devient donc

-          une véritable « parole de subversion»

-          destinée à circonvenir les populations c’est-à-dire l’individu dans ce qu’il a de plus intime.

C’est l’emploi instrumental qu’en  fait Cortés tout à son entreprise de conquête. ***. Aux Aztèques et à leur empereur, Moctezuma, le conquistador fait en effet croire qu’il est Quetzalcoatl, puissance temporelle et divine revenue d’entre  les rivages orientaux (de l’Atlantique) où elle a un jour disparu.

ü       La différence radicale entre espagnols et Indiens, et l’ignorance relative d’autres civilisations par les Aztèques conduisaient à l’idée que les Espagnols étaient des dieux.

ü       Mais quels dieux? C’est là que Cortés a dû fournir le maillon manquant, en établissant la relation avec le mythe un peu marginal, mais appartenant parfaitement au « langage de l’autre », du retour de Quetzalcoatl. (selon Tzvetan Todorov)

ü       Le mythe, celui de Quetzalcoatl ou un autre, apparaît simplifié à l’extrême par la mémoire archaïque de l’homme.

  1. 1. Le cerveau humain et la mémoire archaïque : Survivre !

Nous n’avons pas qu’un seul cerveau dans notre tête, nous en avons trois. Et tout d’abord le cerveau reptilien, survivance de notre passé primitif qui agit sur la survie, le plaisir ou encore la peur. Il y a ensuite le cerveau limbique qui gère la mémoire, les émotions ou encore l’acquisition des premiers apprentissages. Enfin, nous avons le cortex – le « cerveau humain » – qui regroupe des notions comme la créativité, l’intelligence ou la solidarité.

C’est grâce à son cerveau que l’homme a su s’adapter aux différents grands bouleversements comme le changement climatique. De même,

I.      raisonner de manière symbolique (c’est à dire manipuler des concepts abstraits) est un talent unique à l’homme,

II.      tout comme notre besoin de comprendre les intentions et motivations des autres et ainsi pouvoir

III.      vivre les uns avec les autres.

L’anthropologue Jacques Ellul réafirme la capacité du mythe dans la mobilisation de cette triple mémoire archaïque

-          Le mythe est avant tout « une image motrice globale» poussant « l’homme à l’action précisément parce qu’y sont inclus tout le bien, toute la justice, toute la vérité pour cet homme».

-          En matière d’émigration, par ex., la dynamique du mythe consiste pour un groupe humain donné à insuffler le désir d’émigrer : cad à induire une « orthopraxie » qui porte l’exactitude et la justesse par rapport à telle fin considérée comme absolue[2].

-          Les mythes de l’Eldorado (Los Conquistadores), du Paradis Perdu (Lost Paradise, Milton) et de la Terre Promise (Les Hébreux, La Bible) n’ont pas vertu, en principe, à s’appliquer à la migration de retour[3]. A moins de considérer que le Paradis, tant recherché, se trouve au bout du compte dans le pays que l’on a un jour laissé derrière soi![4]

-          L’Amérique, par ex., fut bien pour les immigrants une terre promise, mais la terre promise est désormais apparentée à un (autre) ‘peuple élu’ auquel ils doivent s’assimiler et qui est lui-même défini par les caractéristiques principales de l’ethnicité: la race, la langue, la religion (WASP : White Anglo Saxon Protestant).

-          D’autre part, l’immigrant tend à idéaliser le pays qu’il a abandonné, et une nostalgie lancinante confère peu à peu à l’ingrate terre natale le visage d’un paradis perdu, qu’il essaye de re-créer (Little Italy, Little France, China Town, etc…)

-          Après tout, le Paradis n’était-il pas le berceau originel d’Adam et d’Eve et ne l’ont-ils pas quitté avec l’espoir d’y être admis à nouveau?[5] L’aller (ou le départ) appelle un retour, qu’importe le nombre des années qui se sont écoulées, comme nous le rappelle le récit biblique de la Terre Promise. Ce retour est entouré par un halo mythique.

Que pouvons-nous dire ?ü       Tout le passé de l’humanité est toujours présent en nous.

ü       L’étanchéité psychique entre l’individuel et le collectif est illusoire

ü       Il existe une mémoire archaïque du vital, à partir duquel et sur lequel le mental de l’homme évolue et se construit

ü       Dans le sommeil et le rêve je suis Tout, parce qu’il n’y a plus de « moi » qui se sépare du « tout ».

ü       L’âme demeure en relation avec tout ce qui est.

2.  DEFINITIONS

Conception : Façon que l’on a de concevoir une chose. Idée. Représentation.

Langage :

-          Faculté de parler ou d’utiliser une langue.

-          Tout système de signes, tout système signifiant, toute communication par signes (verbaux ou non verbaux). Le langage désigne aussi la totalité des langues humaines.

Métaphore :

Procédé qui consiste, par analogie, à donner à un mot un sens qu’on attribue généralement à un autre.

Mythe

-          Récit légendaire mettant en scène des personnages imaginaires (dieux, demi-dieux, héros, éléments naturels) d‘une façon allégorique.

-          Représentation amplifiée, déformée par limaginaire collectif.

-          Allégorie philosophique. Ex Le mythe de la caverne.

-          Croyance en un évènement répandue mais infondée. (histoire : Le vase de Soisson, le couronnement de Charlemagne à Rome à Noël 800)

Représentation-signe-analogie-mise en scène-imaginaire-allégorie-évènement

A PROPOS DU MYTHE

A. − Récit relatant des faits imaginaires non consignés par l’histoire,

- transmis par la tradition

- et mettant en scène des êtres représentant symboliquement

* des forces physiques,

* des généralités d’ordre philosophique, métaphysique ou social.

1. Mythe solaire; mythe de Prométhée. Les mythes grecs, parents des mythes sanscrits, n’exprimaient à l’origine que le jeu des forces naturelles (Taine, Philos. art, t.2, 1865, p.203).

2. Orphée est condamné à ne jamais revoir Eurydice, parce qu’il l’a regardée. Ce vieux mythe exprime bien la loi du rythme, qui ramène ainsi et entraîne de belles images du fond des abîmes, mais toujours derrière lui, et sans s’arrêter jamais (Alain, Beaux-arts, 1920, p.93):

3. N’est-ce pas assez que, par ce mythe d’Adam, ce mythe de Caïn, ce mythe de la race de Caïn et de la race de Seth, et par tout ce qui suit, il [Moïse] nous ait appris véritablement en quoi consiste la vie, en quoi consiste le bien et le mal! 5P. Leroux, Humanité, 1840, p.623.°

En particulier .

* Expression allégorique d’une idée abstraite;

* exposition d’une théorie, d’une doctrine sous une forme imagée. (Mythe de la caverne de Platon.)

B. − Par extension

1. Évocation légendaire relatant des faits ou mentionnant des personnages ayant une réalité historique, mais transformés par la légende. Mythe napoléonien; mythe de Don Juan; le mythe de Pétain.

2. Représentation traditionnelle, idéalisée et parfois fausse, concernant un fait, un homme, une idée, et à laquelle des individus isolés ou des groupes conforment leur manière de penser, leur comportement. Mythe du chef, du héros; mythe de l’argent, du confort, de la minceur, de la vitesse; mythe de la galanterie française; mythe de la grève générale.

C. − Par analogie

1. Construction de l’esprit, fruit de l’imagination, n’ayant aucun lien avec la réalité, mais qui donne confiance et incite à l’action.

2. Aspiration fondamentale de l’homme, besoin métaphysique.

3. Modèle parfait, type idéal représentant des symboles inhérents à l’homme ou des aspirations collectives. Mythe de la femme; mythe de l’innocence.

3. Les Anciens : le Cratyle et Babel

31. Le Cratyle (Κρατύλος / Kratýlos) est un dialogue de Platon.

i.      Les participants sont Socrate, Cratyle et Hermogène.

ii.      La discussion porte sur la question de savoir si la langue est un système de signes arbitraires ou naturels (démontrant une relation intrinsèque avec ce qu’ils représentent).

iii.      Une grande partie du dialogue est utilisée pour une analyse étymologique.

- Socrate y combat deux thèses opposées sur la vérité du langage,

  • celle d’Hermogène, qui soutient que les noms sont justes en fonction d’une convention
  • et celle de Cratyle, qui soutient que les noms sont justes par nature.

- Derrière ces deux thèses se cachent deux quêtes du sens.

* Il y a en filigrane de la pensée d’Hermogène la thèse protagoréenne de « l’homme mesure de toute chose ». Appliquée au langage, cette thèse affirme que c’est l’homme qui donne un sens à toute chose. La vérité du monde appartient dès lors au monde social humain.

* A l’inverse, Cratyle, en affirmant la justesse naturelle des noms, propose une nature qui a un sens, mais qui échappe aux hommes : tout est dans un flux perpétuel, un héraclitéisme poussé à l’absurde.

- Pour récuser ces deux visions du monde, Socrate va faire exploser l’adéquation jusque-là idyllique entre mot et nom.

  • Contre Hermogène, Socrate établit que
  • les mots sont des instruments qui servent à nommer la réalité.
  • Ils ont donc un lien avec elle : les choses ont une existence qui ne dépend pas de nous et donc les actes qui s’y rapportent ne dépendent pas non plus de nous (386e).
  • Or, ‘parler’ est un acte et ‘nommer’ une partie de cet acte qui se rapporte aux choses.
  • ‘Nommer’ correspond donc à la propriété des choses de pouvoir nommer ou être nommées (387d).
  • Le nom est cet instrument qui permet de nommer (388 b, c).
  • C’est le législateur qui établit les noms et compose, à partir de syllabes, le nom qui correspond à une chose. (voir Conficius et le roi de Chou = même époque !!!))
  • Le dialecticien, qui se sert de noms pour interroger et répondre pourra juger de l’ouvrage (390d).(la maïeutique, ou. « l’art d’accoucher les esprits »).
  • Cette justesse du nom est retrouvée grâce à l’étymologie (393c et suivant), qui retrouve dans les noms le ‘logos’[6]. Par exemple, les barbares admirant les astres du ciel toujours en train de courir (thein) appelèrent les dieux theos. De mots en mots, l’étymologicien remonte aux « noms primitifs » (421). Ces noms, par les lettres et les syllabes, imitent la nature d’un objet pour la nommer (423e). Par exemple, le ρ (rhô) qui suggère l’expression du mouvement (426a), le δ (delta) ou le τ (tau) pour l’enchaînement ou l’arrêt (427b), etc. (voir les sons chinois qui décrivent plus qu’ils ne conçoivent les choses)

Cratyle approuve les propos de Socrate, mais refuse de considérer que des noms puissent être mal établis : si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix (430a).

- Socrate corrige alors son paradigme.

ü      Les mots sont plus que des instruments qui servent à nommer la réalité: ils sont comme des images qui renvoient à la réalité (430a). (« omnis comparatio claudicat » : ANGELOS ; SERAPHIN/CHERUBIN, VIR/VIRGO)

ü      D’où des erreurs d’attribution possibles. En effet, une image n’imite jamais parfaitement une chose (sinon ce n’est plus une image, mais une copie, qui devient indépendante de son original). (SYMBOLE [7]: myosotis/FORGET-ME-NOT))

ü      Comme une icône, le nom doit conserver son statut d’image: il possède donc des imperfections nécessaires pour ne pas redoubler les choses d’une autre réalité faite de mots[8].

ü       Le nom ne doit pas être exactement la chose, mais simplement désigner les caractéristiques d’une chose(433c) ou la chose en soi.

Devant Cratyle, qui peine à l’admettre, Socrate montre dans les noms la part de convention qu’il y a:

ü      l’usage parfois se substitue à la ressemblance pour désigner une chose. Alors que rhô exprime la dureté et sigma et lambda la douceur, les Athéniens disent sklêrotês et les gens d’Érétrie sklêrotêr pour dire « dureté » (431c-435c).

ü      Comment connaître dès lors les choses à partir des noms comme le prétend Cratyle ?

ü      Le premier qui a établi les noms avait-il une idée juste des choses ?

ü      Mais comment expliquer que les noms suggèrent avec équivocité tantôt ceci tantôt cela ?

ü      Comment pouvait-il connaître les choses, alors que leur nom n’existait pas encore si c’est leur nom qui les faisait connaître ? (435d-439b) ?

  1. Cratyle répond en invoquant les dieux comme fondement des noms.
  2. Socrate refuse cela et demande d’aller aux choses directement, sans les noms pour les connaître (438e) :
  • les noms n’ont ni un sens naturel ni un sens conventionnel et pourtant, ils sont traversés par une exigence de sens.
  • Ce n’est donc pas sur le mot, mais sur le sens que doit porter la recherche.

32. Babel

Nécessité du « travail du négatif » (Hegel) et d’ « altérisation » (globalisation) dans l’évolution.

  • On pourrait croire que la prise de conscience actuelle du pluralisme, l’intuition de l’importance de tous les êtres et de notre communauté de destin au-delà des écarts culturels est le signe d’une homogénéisation.
  • Mais c’est tout le contraire : le fait que nous commencions à nous apercevoir les uns les autres, à nous comprendre les uns les autres, et à interagir d’une manière sensible, enfants des communautés socio-religieuses autrefois étrangères, ne veut pas dire que nous sommes en train de converger.
  • Comme si nous étions autrefois trop éloignés, trop différents pour nous comprendre. Comme si les rapprochements et l’interaction mutuelle avaient fini par créer des surfaces de contact.
  • En fait, nous n’avons jamais été éloignés. Nous avons toujours été les enfants d’une seule humanité, seulement nous n’étions pas encore capables d’envisager ce phénomène. Le « travail du négatif », pour parler comme Hegel, n’avait pas fait son oeuvre assez : nous n’étions pas encore assez « distingués » les uns des autres, ne serait-ce qu’au sein de chaque communauté pour être capables de voir au delà des barrières culturelles, et d’envisager notre communauté de destin, la nécessité spirituelle qui nous unit et dont la Bible fait état par ailleurs.
  • Nous étions incapables d’approcher l’importance que nous avions les uns pour les autres, de mesurer l’ « activité altéritaire » des autres grégarités.
  • Aujourd’hui, nous commençons à peine à reconnaître ce travail d’« altérisation » au coeur de l’activité mondiale.
  • Le fait de nous apercevoir les uns des autres et de mieux profiter les uns des autres, signifie profondément qu’un tel travail fait son oeuvre, qui révèle la dignité  intrinsèque à chaque être humain depuis le début de la création.
  • Nous croissons en « distinction », nous nous révélons les uns aux autres comme des êtres nécessaires.
    • La distinction des personnes, qui se signalent en passant, sur les mers altéritaires où elles croisent librement, est la haute expression de la dynamique spirituelle de l’humanité.
    • L’individualisme des jeunes doit alors être compris comme l’indication rassurante d’une humanité veillée par Dieu.

4. Comment traduire l’inconscient dans la langue : signifiant et intentionnalité[9].

Le langage comme miroir de l’inconscient

ü      Il y aurait un mouvement mimétique du langage, à ceci près que l’objet d’imitation

serait non pas le monde extérieur – le référent – mais les mécanismes de l’intériorité psychique.

ü      Le grammairien Jacques Damourette et le psychanalyste Édouard Pichon affirment

d’ailleurs que : « Le langage est pour celui qui sait en déchiffrer les images un merveilleux miroir

des profondeurs de l’inconscient. » (Damourette et Pichon, 1930 : pp. 140).

ü      L’idée que l’inconscient habite la langue elle-même, au point d’être perceptible dans la

morphologie du signifiant, ne peut être sans conséquence pour la notion d’intentionnalité.

ü      Pour la linguistique pragmatique, c’est l’ancrage du discours d’un locuteur dans une situation

d’énonciation donnée qui conditionne la visée de ce discours : la réflexion freudienne engagerait

à la déchiffrer dans la structure de la langue elle-même.

ü      Le problème de l’intentionnalité en traduction se jouerait dès lors à trois niveaux :

I.      la première instance énonciative, celle de l’auteur, auctor, est par définition celle qui fait autorité.

II.      La seconde instance énonciative, celle du traducteur, est celle, presque honteuse, dont on cherche à tout prix à effacer les traces. Fantasmé comme transparent par les littéralistes, le traducteur serait idéalement celui qui transmet l’original, de façon totalement neutre, en produisant son double. Sans doute y a-t-il dans cet idéal une tentation positiviste.

III.      La troisième instance énonciative est moins évidente à reconnaître : on pourrait faire l’hypothèse que le signifiant, par sa structure même, hors contexte, veut dire quelque chose.

Au moins trois approches disciplinaires habituellement indépendantes : psychanalyse, linguistique, traductologie : trois mouvements de recherche « archéologique » du sens

Comment parvenir à la connaissance de l’inconscient  de la parole?

5. Bible, Mythe et Vérité[10]

Alors les questions abondent :

Qu’est-ce qu’un mythe ?

Quels rapports la Bible entretient-elle avec la notion de mythe ?

En quoi les mythes, et les textes bibliques s’ils en sont, visent-ils quelque chose de l’ordre de la vérité ?

Le lecteur aujourd’hui, exégète ou non, peut-il y puiser de quoi penser son existence et le monde, pour s’y engager ?

• Comment lire les mythes ?

Un mythe – et plus singulièrement un récit mythique, au risque même de la redondance – est

pour une société donnée

  • une tentative d’expliquer le monde,
  • de dire comment les hommes le voient, le pensent, se pensent
  • tout en se donnant une origine et une identité,
  • bref le moyen de se représenter ses origines dans un passé indéfini, immémorial
  • tout en visant à comprendre son propre présent.

Problème : Quels repères mettre en œuvre ?

• Bible, Mythe et Vérité

  • Le mythe dans la Bible, la Bible comme mythe : la Bible interprétée – c’est-à-dire lue – comme suscitant du mythe.
  • Mais il y a aussi la rationalisation des mythes ; et là-dessus, démythiser ou non, déstructurer le mythe ou non.
  • « Vérité » ne s’oppose sans doute pas à « mythe ». Mais là où l’on parle de Bible, il s’agit en effet de mythe et aussi de vérité.

• Par exemple : La fraternité, « projet éthique » dans les récits de la Genèse

  • Un des thèmes centraux de la Genèse.
  • De Caïn à Joseph en passant par Jacob aux prises avec Ésaü et Laban, les histoires des frères s’y succèdent, proposant à l’attention du lecteur de belles variations narratives.
  • Qu’est-ce être frère : moins un donné de départ qu’un chemin difficile où bien des obstacles sont à traverser…

• Des enfants et du pain (II Rois 2,19-25 et 4,38-44)

  • Deux récits de purification, pourvus chacun d’un récit en écho, qui inverse les termes du premier au regard d’un même enjeu vital : suivant le cas, la procréation ou la nourriture.
  • Intervention de  l’opposition du pur et de l’impur, non dans le domaine cultuel, mais dans l’aire de la vie quotidienne des simples gens.
  • Enfin, ce sont des adjuvants triviaux qui accompagnent la Parole du Seigneur de l’Alliance dans la réalisation de son dessein. Derrière cela se profile ce choix radical : la vie ou la mort ? – Baal ou le Seigneur de l’Alliance ?

• Sommes-nous nés d’une catastrophe ou allons-nous à la catastrophe ?

-          La peur de la catastrophe est immémoriale, elle traque le genre humain depuis toujours, depuis que celui-ci est confronté à l’expérience de la discontinuité, des inondations qui détruisent ou fertilisent, du changement des saisons, de la mort et de la vie, des naissances et des disparitions, individuelles ou collectives.

-          Très tôt aussi vont apparaître des tentatives de lutter contre cette discontinuité, des stratégies pour garder des traces qui ne s’effacent pas aussi vite que dans l’expérience de la vie et de la mort : des stèles de pierre qui gardent la trace d’un nom, d’un évènement, des listes d’objets fragiles, de phénomènes météorologiques, d’évènements importants.

-          Raconter, construire des récits (cosmos) apparaît comme une façon de lutter contre le chaos.

• Mythes et vérité métaphorique. Pour une lecture anthropologique des évangiles

-          Pour lire non seulement les récits les plus mythiques de la Bible, de création et de traversées fondatrices, mais l’évangile lui-même comme mythe, dans sa puissance à raconter et susciter les relations fécondes de l’existence, on peut emprunter avec gain aux travaux d’anthropologie structurale.

-          Les récits fondateurs, mythes d’origine, réfléchissent l’humain dans son exposition à la réalité la plus concrète, mais aussi avec ses questions les plus délicates qui interrogent les frontières, primordiale et ultime, de la vie :

ü      d’où vient l’homme, où va-t-il ?

ü      Quel est le sens, l’orientation et la signification, de sa vie ?

ü      Qu’en est-il de sa mort ?

ü      Comment occuper sa juste place, en débat avec soi-même, dans l’amour toujours périlleux pour autrui, sous le regard du Dieu dont l’altérité appelle en moi ce que j’ai de plus propre, d’irréductible à mon appropriation même, quand il me donne à reconnaître ce que je n’ai jamais connu ?

• Une histoire de rapprochement (Actes 10-11,18)

-          Les Actes racontent comment, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, la parole de l’Évangile se déploie dans l’empire romain par la mission chrétienne.

-          Cette parole doit dépasser le cadre du monde juif pour atteindre le monde païen, par le truchement des juifs qui l’ont reçue en premier lieu.

-          Mais, comment cela peut-il être possible si on considère la loi juive qui interdit toute promiscuité avec les étrangers, en l’occurrence le Gentil ? «Vous savez qu’il est interdit pour un homme juif de s’attacher ou bien d’approcher un étranger » (Ac10,28a).

-          Ac10-11,18, qui fonctionne comme récit paradigmatique de la réception de l’Évangile par les païens, travaille à briser le mur de séparation qui a longtemps existé entre juif et païen : en cela, il se définit, non pas comme un récit de conversion, mais comme une histoire de rapprochement.

-          Autrement dit, le texte peut se lire comme l’établissement de relations cordiales entre ceux qui n’appartiennent pas au même groupe ethnique. Ce rapprochement est perceptible dans la manière dont Luc caractérise les deux personnages principaux et dans leur mise en mouvement.

• L’évènement trop vrai

-          Quel est l’évènement derrière la composition narrative ?

-          L’exégèse narratologique : quels enjeux ?

EN RESUME[11] :

ü        Livre des Pyramides (Egypte pharaonique)

ü        Chine[12]

- Les Quatre Livres (à partir du XIIIe siècle)

- les Cinq Classiques (à partir du IIe siècle av. J.‑C.) (四書五經, 四书五经, Sìshūwǔjīng)

ü        Popul Vuh (Amérique précolombienne)

ü        Gilgamesh (Mésopotamie)

ü        Les Védas (Les Hauts Plateaux Iraniens)

ü        Le Ramayana et le Maharabbatha (Les Indes)

ü        Pour la Grèce (et l’empire hellénistisque d’Alexandre)

- Le Timée et l’Atlantide

- L’Iliade, l’Odyssée et toute la mytholge

- Les tragiques grecs

ü      Et pour notre aire méditerranéenne, puis européenne, puis occidentale

- La bible

- Le milieu gréco romain (et toutes les religions du Moyen Orient)

- Les évangiles

- Le Coran

Ainsi, que signifient le corps, l’esprit, l’âme, le monde, le temps, le destin… pour chaque groupement humain, à une époque et sur un territoire donnés ? Chaque culture apporte sa propre réponse, originale, distincte de celle des autres ensembles culturels.

L’érudit écossais Broxton Onians (1899-1988)[13], professeur de latin pendant trente années à l’université de Londres, grand connaisseur du domaine grec ancien, a exploré les  sources gréco-romaines, voire indo-européennes, de manière quasi-exhaustive et tout à fait convaincante sur quelques thèmes précis. Il « nous emporte dans une véritable Odyssée puisqu’il s’agit pour nous, modernes Européens, de revenir « chez nous », aux fondements de notre identité collective, proprement européenne. D’où le paradoxe d’un voyage qui à la fois nous dépayse et nous ramène à nous-mêmes. » (comme dit B. Cassin).

ü       Par ex. l’étude des concepts grecs oida et eidòs, nous remet en mémoire l’unité foncière qui relie pensée-parole-action, (le dabar hébraïque : דבר), comme le veut la psychologie  » idéomotrice  » actuelle selon laquelle “ chaque système d’idées est une tendance générale à sentir et à agir d’une certaine manière dans certaines circonstances « .

ü      Une autre excursion, avec le mot kharmè, le « désir de se battre », la « joie » qui naît du libre jeu des énergies du guerrier lorsque, tel le cheval de bataille, il  » hume la bataille au loin  » nous plonge au cœur de la rude Iliade où, en de telles occasions  » faire la guerre devient plus doux que revenir chez soi « , “ et se battre – balayer le champ de bataille en libérant instincts et énergies – est vraiment une « joie », la suprême réalisation de l’orgueil du pouvoir.” 

 » Reconnais-toi toi-même  » semble nous dire l’auteur.


[1] Jacques Ellul, Islam et judéo-christianisme ( Anarchie du Christianisme ;  Subversion du Christianisme… ). Jacques Ellul est mort en mai 1994 à l’âge de 82 ans. Juriste, historien, théologien et sociologue, il a laissé une œuvre considérable, plus de 600 articles, 48 ouvrages dont certains traduits en une dizaine de langues

Ce texte vigoureux et polémique est une réflexion sur la religion qu’elle soit musulmane ou chrétienne et leur « parenté supposée », d’où les « trois piliers » de cette étude : ce sont des religions monothéistes, des religions du « Livre » et enfin nous sommes tous descendants d’Abraham. « Si j’ai décidé la rédaction de ce petit opuscule, c’est à cause du succès de ces trois arguments qui attestent la parenté Islam, Christianisme. Je vais examiner ces trois principes et j’espère montrer que c’est du vent et que ces mots ne recouvrent rien. »

[2] Selon la théorie actuellement dominante d’une origine africaine de l’homme moderne, l’histoire des migrations humaines commence avec les déplacements d’Homo erectus hors de l’Afrique à travers l’Eurasie il y a environ un million d’années. Homo sapiens semble avoir colonisé toute l’Afrique il y a quelque 150 000 ans. Il commence à sortir d’Afrique il y 80 000 ans. Il y a 40 000 ans, il s’est répandu à travers l’Eurasie et l’Australie. Quant aux statistiques officielles actuelles, elles évaluent entre 185 et 192 millions le nombre de migrants internationaux pour les années 2000, pour les personnes ayant quitté leur pays pour vivre et se fixer dans un autre pays pour au moins un an. Ce chiffre augmente de 2 % par an,

[3] La loi du retour, votée en 1950 par la Knesset, garantit à tout Juif le droit d’immigrer en Israël. Un visa d’immigrant sera délivré à tout Juif qui aura exprimé le désir de s’établir en Israël,

[4] Voir Voltaire et l’Âge d’or !

[5] “ Si en effet par la faute d’un seul la mort ( du péché) a régné,… combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice ( innocence) régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ ”. Paul aux Romains.

[6] Ce qui correspond à la recherche du ‘theologoumenon’ en théologie.

[7] Le Christ est célébré cmme ‘l’image visible du Dieu invisible’ (Col 1, 15)

[8] L’iconoclasme (du grec εικών eikon « icône » et klaô « casser ») est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses (appartenant à sa propre culture), généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie.

[9] Valelia Muni Toke, Université Paris X, Nanterre, France

[10] Cahier biblique n°44 « Bible, Mythe et Vérité »  Paru en automne 2005

[11] http://mythologica.fr/

[12] La Civilisation chinoise a produit un grand nombre de textes en prose et en vers, certains datant de la dynastie des Zhou Orientaux, parmi lesquels les classiques chinois recensés dans les canons chinois. Ces textes anciens constituent le fondement de courants philosophiques et se sont transmis pour la plupart jusqu’au XXIe siècle, assurant la continuité de la culture chinoise.

L’étude des Quatre Livres (à partir du XIIIe siècle) et des Cinq Classiques (à partir du IIe siècle av. J.‑C.) (四書五經, 书五经, Sìshūwǔjīng) était obligatoire pour les étudiants qui souhaitaient devenir fonctionnaires. La rédaction, la compilation ou le commentaire des Cinq classiques étaient attribués à à Confucius. Toute discussion politique était émaillée de références à cette base commune et il n’était pas possible de devenir lettré, ou même officier militaire, sans les connaître à la perfection

[13] Richard BROXTON ONIANS, Les origines de la pensée européenne, Seuil, coll. L’ordre philosophique, 1999, 690 p., 37,35 €.  Utile complément au magistral Vocabulaire des institutions indo-européennes d’Émile Benveniste (Minuit, 1969).